Le Diable en rit encore & Noir tango, Régine Deforges

deforges t3

Ce troisième tome de la Bicyclette bleue m’a semblée plus long, moins riche en aventures. Mais ce n’est pas un reproche à proprement parler puisque cela suit parfaitement le cours de l’histoire. La reconstruction d’un pays, de la civilisation et des individus après la guerre. Cette tentative de reconstruction, et même parfois d’oubli, est d’ailleurs mis en scène par le retour à la maison de Montillac, restaurée. Les choses peuvent être remises en bon état, mais qu’en est-il des gens ? Peuvent-ils se remettre d’une telle épreuve ? peuvent-ils oublier les horreurs qu’ils ont vues et subies ? C’est dans ce désespoir total que la famille de Léa se trouve. Cette dernière va essayer de le fuir en cherchant un équilibre et une justice auprès de la Croix Rouge, mais là encore, des découvertes pétrifiantes attendent notre héroïne… La guerre n’est jamais loin, jamais totalement terminée, jamais rassasiée et se plaît à se rappeler à nous.

Ce roman de guerre décrit les privations, les meurtres, les tortures.. tout ce qu’il y a de plus atroces dans un soucis du détail des plus surprenant et totalement sidérant. Ma lecture me noue la gorge du début à la fin, à tel point que les larmes ne parviennent même pas à couler. Comme ça a été le cas pour deux tomes précédents. Cependant, le suicide d’un personnage important est passé sous silence. Le narrateur conte l’acte préparatoire au suicide puis s’arrête. Et là, une ellipse. Le suicide resterait-il tabou contre toutes les tortures lues jusqu’à présent ? Je ne cache pas ici mon incompréhension.

Citations

« La mort des autres lui avait toujours semblé insupportable, même celle des traîtres et des assassins. Et cependant, il venait de prendre dans cette obscurité fangeuse une formidable décision : il tuerait Maurice Fiaux […] Cette terrible décision prise, cet homme, ce prêtre, qui avant la guerre avait milité contre la peine de mort, éprouva une paix depuis longtemps perdue. »

« Entendez-vous ces cris ?… Dites, les entendez-vous ?… Voyez-vous les murs du lieu saint maculés du sang des victimes ?… Les traces des pauvres doigts glissant le long des pierres ? Ces visages éclatés ? Ces membres brisés ? Ce bébé qui hurle dans sa poussette avant de n’être plus qu’une torche ?… »

« C’est ça aussi la guerre, cette solidarité muette, cette dignité qui fait des preux, des êtres de légende, des héros, d’individus qui, pris séparément, n’auraient peut-être pas grand intérêt, mais qui là, deviennent par leur sacrifices plus grands »

 

deforges t4

Alors que la signature de l’armistice suggère le retour du calme et de la stabilité, il y a dans ce quatrième volume un retour en force des monstruosités. Et donc de l’action. Le tout à travers une vengeance exacerbée. La violence change de camps et montre à quel point l’Homme peut être puérile et hypocrite. Ce n’est qu’une énième démonstration des vices dans lesquels on peut tomber sans la tension ou lors d’un profond désespoir. Ce tome est excessivement fort, poignant.

J’ai été profondément choquée. J’ai l’impression d’avoir été malmenée, que l’on jouait avec moi comme avec un ballon. J’aurais peut-être dû faire comme Léa, m’abandonner à la mort pour mieux survivre. J’ai effectué ma lecture en PLS. heureusement que Françoise m’a apportée du baume au cœur à la fin du roman. C’est le tome qui m’a fait verser le plus de larmes, au point d’interrompre ma lecture afin de reprendre ma respiration et de me vider la tête de ses horribles images qui s’y sont glissées… Comme l’image du tango, par exemple. Quelle violence ! Je vous invite vivement à le découvrir.

Citation

« Il n’y a pas d’autre choix que la naissance d’un nouvel homme ou le risque de voir l’humanité devenue folle disparaître de l’histoire universelle. Le nouvel homme, c’est celui qui aura pris conscience qu’on ne peut être complètement heureux sans les autres, ni à plus forte raison contre les autres. »

« La conscience de ce désespoir la laissait… comment dire ? sereine, oui, c’est cela : sereine. Ce n’était pas incompatible. Elle se sentait irrésistiblement happée, submergée, roulée, enfoncée, noyée dans une houle sombre, irrésistible, puissante, véhémente, forte et vigoureuse, elle coulait dans un univers de deuil où le mal était la règle. Pour supporter cette douleur, il ne fallait pas résister, il fallait se laisser emporter loin, si loin que l’on devenait inaccessible. Oui, inaccessible, voguant vers des rivages inabordables… »

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